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A KA STUDIO
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​Je tourne des formes simples — bols, plats, vases, boîtes, stylos — mais aussi des formes plus complexes : des volumes creux, des récipients qui défient la symétrie, des formes qui émergent plutôt que de se conformer. Je suis attirée par la segmentation, les spirales, la texture. Les nœuds, les vides et l’écorce ne sont pas des imperfections, mais des histoires — des traces du temps et de la survie. Je ne les efface pas ; je les suis. Mon intention n’est pas d’imposer, mais de révéler.


La plupart du bois que je travaille est local, ramassé dans les rues et les banlieues de Montréal — tombé, abandonné, oublié. Chaque morceau porte en lui une vie passée. En le tournant, j’ai le sentiment de lui offrir une nouvelle chance.

Le tournage sur bois m’a appris que le bois parle — doucement, patiemment. Il suggère une courbe, un creux, une direction. Mais il ne révèle jamais tout d’un coup. Chaque pièce demeure un mystère jusqu’à la dernière coupe. La tâche est simple, et pourtant infiniment complexe : écouter et suivre.
J’écoute.

Mais mon lien avec le tournage ne commence pas devant un tour. Il prend racine dans la forêt.
Je suis née dans une ville nichée au cœur de l’immensité boréale de la taïga, où les arbres se dressent, silencieux témoins du temps. Bien avant de comprendre les formes ou l’artisanat, je marchais parmi eux, des heures durant — à écouter, observer, apprendre leur langage sans mots.
Cet amour a germé très tôt, puis a grandi lentement, presque en secret, au plus profond de moi, comme une graine en attente.

La vie m’a éloignée de ces forêts. J’ai étudié le cinéma, travaillé, parcouru les mers, visité plus de soixante-quinze pays, chacun laissant son empreinte. Avant de devenir tourneur sur bois, j’ai passé quarante ans derrière la caméra — plus de 170 documentaires et films — à capter des instants, à chercher du sens à travers l’objectif.

À travers le mouvement et la découverte, j’ai emprunté de nombreux chemins. Mais une constante demeurait, m’appelant doucement. Il m’a fallu près d’un demi-siècle — de voyages, de travail et d’immigration — pour revenir à ce qui avait toujours été là : les arbres, le bois.